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Les agents remuaient les papiers que Hamid avait runis chez sa sur. Brusquement, Menoune recommena pleurer. Un assoupissement invincible les terrassait, fondant du plomb sur leurs paupières. C'tait a, c'tait a : mourir. Harcel de tous cts, le gosse s'enfuit toutes jam-bes, la meute hurlante sur ses talons. Les ranges de casseroles sont si bien astiques et si relui-santes qu'on peut s'y mirer. Je le proclame pour tous : qu'on en finisse!

Mohammed Dib LA GRANDE MAISON ROMAN. ditions du Seuil. VERSION DFINITIVE ISBN (ISBN , dition broche). PDF mohammed dib l'incendie résumé,télécharger le livre la grande maison de mohammed dib gratuit,telecharger la grande maison mohammed dib. 2- Société algérienne dans «La grande maison» de Mohammed Dib 3- Etude des Parmi les livres marquants dans cette période, nous citons: le fils du pauvre 2linguisticcore.info%pdf. 3G. Lenclud.

Elle maudit son défunt mari qui est parti se reposer en la laissant dans la misère. À tous ces malheurs venait se rajouter la grand-mère Mama paralytique abandonnée par ses enfants chez sa fille Aïni. C'est une autre bouche à nourrir.

Il est donc le symbole de la révolte et de la prise de conscience c'est un militant communiste. Son arrestation bouleversa les habitants de la modeste résidence. Les cris de la sirène annonçant la guerre assembla les habitants de Tlemcen dans les rues. Le roman se referme sur la famille réunie autour de la table pour le dîner.

Le sourire de Omar offrira une lueur d'espoir d'un jour nouveau. Le Thème Le thème omniprésent dans ce roman est la faim. A condition qu'elle eût un peu de charbon, le soir, elle faisait chauffer la marmite et la laissait bouillir. Un assoupissement invincible les terrassait, fondant du plomb sur leurs paupières.

Ils s'endormaient,sombraient dans le sommeil, leur patience ne durant jamais longtemps. Dans la marmite, il n'y avait que de l'eau qui chauffait. Dès le début du roman jusqu'à sa fin, il n'est question que de trouver un peu de pain pour calmer la faim. Ainsi le pain devient une fin en soi. Omar tout au long du roman ne cessa de penser au pain" si nous pouvions seulement avoir plus de pain, beaucoup de pain, songeait-il" p.

Autant qu'il était possible d'en avoir,ses rêves ne visaient pas plus haut. Aïni par exemple devient "inhumaine" même envers sa mère qu'elle brutalisa. Son comportement change grâce aux paniers remplis de légumes et de viande qu'avait ramenés le cousin Mustapha "Il y eut quelque chose de changé. Durant les jours qui suivirent, Aïni resta beaucoup plus longtemps auprès de grand-mère. Les deux femmes ne se disputèrent plus.

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Grand-mère cessa ses jérémiades. Aïni fut prévenante, la plus prévenante des femmes. Un roman réaliste Le roman s'inscrit dans une lancée réaliste "chronique de la vie quotidienne du peuple de Tlemcen ".

L'auteur a le projet de donner à voir la réalité du colonisé pour favoriser la prise de conscience. Ce roman dramatique et social est une dénonciation de l'ordre établi. La trilogie Algérie représente l'engagement politique de Mohammed Dib. À travers ses romans l'écrivain conteste le roman colonial et introduit pour la première fois l'Algérien sur la scène romanesque, jusqu'ici exclu, et "lui restitua la parole qui lui avait été confisquée. Pour essayer de faire comprendre à ceux-ci que l'Algérie et son peuple font partie d'une même humanité, avec des problèmes communs, pour l'essentiel, et pour inviter ceux-là à s'examiner eux-mêmes sans sentiment d'infériorité.

D'ordi-naire il l'apercevait contre le mme pilier du prau. Veste-de-kaki paraissait rang, il se tenait tout le temps loin des autres garons.

La cloche qui annoncerait la fin de la rcration n'allait pas tarder carillonner. Dans la cour, la surex-citation atteignait dj le paroxysme. Les jeux se fai-saient plus violents, les cris vrillaient l'atmosphre. C'taient bien l les signes avant-coureurs des dernires minutes : Omar en tait averti par son instinct d'colier. L'vnement prit dans sa pense un sens tragique. H cherchait toujours Veste-de-kaki.

Il parut tout coup ne tenir la vie que par de vagues attaches. Tout se fit trange autour de lui ; Veste-de- kaki n'tait nulle part. Qu'allait-il devenir sans Veste- de-kaki? La cloche retentit. Omar se mit en rang avec ses camarades.

Il imaginait Veste-de-kaki - chez ses parents sans doute? Le matre cingla l'air de sa fine baguette d'olivier et les lves pntrrent en file par deux dans la classe. Omar dirigea ses regards devant lui, sa bouche trem-bla. Son angoisse se prolongeait, il s'imagina que Veste- de-kaki tait mort. Mais l'instant o il refermait la porte, la silhouette grle de l'enfant traversait au trot la cour de l'cole.

A peine s'embotrent-ils dans leurs pupitres que le matre, d'une voix claironnante, annona : -Morale! Leon de morale. Omar en profiterait pour mastiquer le pain qui tait dans sa poche et qu'il n'avait pas pu donner Veste-de-kaki. Le matre fit quelques pas entre les tables ; le bruis-sement sourd des semelles sur le parquet, les coups de pied donns aux bancs, les appels, les rires, les chu-chotements s'vanouirent.

L'accalmie envahit la salle de classe comme par enchantement : s'abstenant de res-pirer, les lves se mtamorphosaient en merveilleux santons. Mais en dpit de leur immobilit et de leur application, il flottait une joie lgre, arienne, dan-sante comme une lumire. Hassan, satisfait, marcha jusqu' son bureau, o il feuilleta un gros cahier. Il proclama : -La Patrie. L'indiffrence accueillit cette nouvelle.

On ne com-prit pas. Le mot, camp en l'air, s'y balanait. Quelques remous troublrent le calme de la classe. La baguette claqua sur un des pupitres, ramenant l'ordre. Les lves cherchrent autour d'eux, leurs regards se promenrent entre les tables, sur les murs, travers les fentres, au plafond, sur la figure du matre ; il apparut avec vidence qu'elle n'tait pas l. Patrie n'tait pas dans la classe. Les lves se dvisagrent.

Certains se plaaient hors du dbat et patientaient benotement. Brahim Bali pointa le doigt en l'air. Tiens, celui-l! Il savait donc? Bien sr. Il redoublait, il tait au cou-rant. Son ton nasillard tait celui que prenait tout lve pendant la lecture. Entendant cela, tous firent claquer leurs doigts, tous voulaient parler maintenant. Sans per-mission, ils rptrent l'envi la mme phrase.

Les lvres serres, Omar ptrissait une petite boule de pain dans sa bouche. La France, capitale Paris. Il savait a. Les Franais qu'on aperoit en ville viennent de ce pays. Pour y aller ou en revenir, il faut traverser la mer, prendre le bateau La mer : la mer Mditerra-ne. Jamais vu la mer, ni un bateau. Mais il sait : une trs grande tendue d'eau sale et une sorte de planche flottante. La France, un dessin en plusieurs couleurs. Comment ce pays si lointain est-il sa mre? Sa mre est la maison, c'est Ani ; il n'en a pas deux.

Ani n'est pas la France. Rien de commun. Omar venait de surprendre un mensonge. Patrie ou pas patrie, la France n'tait pas sa mre. On apprenait des mensonges pour viter la fameuse baguette d'olivier.

C'tait a, les tu-des. Les rdactions : dcrivez une veille au coin du feu Pour les mettre en train, M. Hassan leur faisait des lectures o il tait question d'enfants qui se pen-chent studieusement sur leurs livres. La lampe projette sa clart sur la table.

Papa, enfonc dans un fauteuil, lit son journal et maman fait de la broderie.

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Alors Omar tait oblig de mentir. Il compltait : le feu qui flambe dans la chemine, le tic-tac de la pendule, la douce atmosphre du foyer pendant qu'il pleut, vente et fait nuit dehors. Ainsi : la maison de campagne o vous passez vos vacances. Le lierre grimpe sur la faade ; le ruisseau gazouille dans le pr voisin.

L'air est pur, quel bonheur de respirer pleins poumons! Ainsi : le labou-reur. Joyeux, il pousse sa charrue en chantant, accom-pagn par les trilles de l'alouette. Ainsi : la cuisine. Les ranges de casseroles sont si bien astiques et si relui-santes qu'on peut s'y mirer. Ainsi : Nol. L'arbre de Nol qu'on plante chez soi, les fils d'or et d'argent, les boules multicolores, les jouets qu'on dcouvre dans ses chaussures.

Ainsi, les gteaux de l'Ad-el-Sghir, le mouton qu'on gorge l'Ad-el-Kbir Ainsi la vie! Les lves entre eux disaient : celui qui sait le mieux mentir, le mieux arranger son mensonge, est le meilleur de la classe.

Omar pensait au got du pain dans sa bouche : le matre, prs de lui, rimposait l'ordre. Une perptuelle lutte soulevait la force anime et liquide de l'enfance contre la force statique et rectiligne de la discipline. Hassan ouvrit la leon. Le pays o l'on est fix depuis plusieurs gnrations. Il s'tendit l-dessus, dveloppa, expliqua.

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Les enfants, dont les vellits d'agitation avaient t forte-ment endigues, enregistraient. Impossible de penser tout le temps au pain. Omar laisserait sa part de demain Veste-dekaki. Veste-de- kaki tait-il compris dans la patrie? Puisque le matre disait Ce serait quand mme drle que Veste-de- kaki Et sa mre, et Aoucha, et Mriem, et les habi-tants de Dar-Sbitar?

Comptaient-ils tous dans la patrie? Hamid Saraj aussi? Ces trangers sont des ennemis contre lesquels toute la population doit dfendre la patrie menace. Il est alors question de guerre. Les habitants doivent dfendre la patrie au prix de leur existence. Quel tait son pays?

Omar et aim que le matre le dt, pour savoir. O taient ces mchants qui se dcla-raient les matres? Quels taient les ennemis de son pays, de sa patrie? Omar n'osait pas ouvrir la bouche pour poser ces questions cause du got du pain. La voix du matre prenait des accents solennels qui faisaient rsonner la salle. Il allait et venait. Hassan tait-il patriote?

Hamid Saraj tait-il patriote aussi? Comment se pouvait-il qu'ils le fussent tous les deux? Le matre tait pour ainsi dire un nota-ble ; Hamid Saraj, un homme que la police recherchait souvent. Des deux, qui le patriote alors? La question restait en suspens. Omar, surpris, entendit le matre parler en arabe. Lui qui le leur dfendait!

Par exemple! C'tait la premire fois! Bien qu'il n'ignort pas que le matre tait musul-man - il s'appelait M. Hassan -, ni o il habitait, Omar n'en revenait pas. Il n'aurait mme pas su dire s'il lui tait possible de s'exprimer en arabe.

D'une voix basse, o perait une violence qui intriguait : - a n'est pas vrai, fit-il, si on vous dit que la France est votre patrie. Omar savait bien que c'tait encore un mensonge. Hassan se ressaisit.

Mais pendant quelques minutes il parut agit. Il semblait tre sur le point de dire quelque chose encore. Mais quoi? Une force plus grande que lui l'en empchait-elle? Ainsi, il n'apprit pas aux enfants quelle tait leur patrie. A onze heures, aux portes mmes de l'cole, une bagarre s'engagea coups de pierres. Elle se poursuivit encore sur la route qui longeait les remparts de la ville.

Violentes, parfois sanglantes, ces rencontres duraient des journes entires. Les deux camps, composs de gamins de quartiers diffrents, comptaient bon nombre de tireurs hors ligne.

Ceux du groupe d'Omar l'empor-taient par leur habilet, leur prestesse, leur tmrit. Ils taient les plus redouts, bien que peu nombreux. Quand on disait : les enfants de Rhiba, on voquait de vrais dmons que personne ne prtendait mettre la raison.

Que de fois ils avaient poursuivi leurs adver-saires au centre mme de la ville et jusqu'au Grand Bassin en semant la terreur parmi les paisibles citadins! Par ces journes d'hiver, comme une bande de cha-cals, ils envahissaient des chantiers o ils arrachaient des planches qu'ils brlaient. Ils alimentaient de grands feux qu'ils entretenaient dans les terrains vagues et se rassemblaient autour, grands et petits, mettant des cris bizarres pour rompre le silence.

Pour ses jeux, Omar ne connaissait d'autres lieux que la rue. Personne, et sa mre moins que quiconque, ne l'empchait, quand il se rveillait, de courir vers la rue. Ils avaient dmnag des dizaines de fois, mais dans chaque quartier il existait un passage au milieu des derbs, des lotissements en construction, que tous les enfants de l'endroit lisaient comme lieu de leurs bats.

Omar passait l son temps libre, autant dire toute la journe ; dcidant souvent qu'il n'avait rien d'intres-sant faire l'cole, il rejoignait les autres gamins. On aurait tonn sa mre si on se ft avis de lui dire qu'il n'tait pas bien indiqu de laisser un enfant traner de la sorte, n'importe o, qu'il risquait de se dvoyer, d'acqurir des gots de vagabondage et de paresse.

Qui sait? Puisqu'il n'tait pas simplement livr ses seules fantaisies mais aussi l'influence de garons plus gs que lui, des garnements bruyants, cyniques, chapar-deurs qui infestaient ces quartiers.

Leur ge, leurs poings leur permettaient de le dominer. Ces drles, que rien n'intimidait, erraient dans la ville en qute de mauvais coups tenter, de plaisanteries brutales. Ils ne perdaient jamais l'occasion de donner libre cours l'insolence dont se doublait leur obscure angoisse. Ils se montraient encore plus rudes et plus irrespec-tueux la vue des habitants honntes et bien mis. Ceux-ci les considraient d'un il malveillant, les traitaient de propres--rien, capables de tout Mais les enfants n'en avaient cure!

Comme des forcens, ils s'opposaient tout de suite entre eux, ds qu'ils se retrouvaient, et se livraient bataille. Cela se terminait la plupart du temps dans le sang. Il y en avait toujours qui finissaient par recevoir un caillou en plein visage ou sur le crne.

Lorsque dans un camp le sang jaillissait, ceux du camp d'en face prenaient leurs jambes leur cou avec de grands cris de joie sauvage, de longs : Hou!

Les autres s'appro-chaient avec gne des victimes, leurs bras retombant gauchement le long du corps. Ils gardaient longtemps les cailloux dans les mains ; leurs poches en taient bourres. Ils dvisageaient les blesss et, sans mot dire, s'loignaient. Ils se dbarrassaient de leurs pierres et du mme coup de la mauvaise conscience qui les avait submergs un instant. Ils s'en allaient en proie une vive allgresse, tandis que les blesss fondaient bruyamment en larmes.

Les plus courageux serraient les dents et se taisaient ; ils ne quittaient les lieux du combat qu'arms de toutes leurs pierres. Depuis qu'il avait eu la tempe ouverte, Omar prenait peur de ces bagarres. Les tout-petits se trouvaient enrls d'office pour rcuprer sur le champ de bataille, o ils taient pousss de force, tous les cailloux que les adversaires se lan-aient.

Les grands qui faisaient la guerre taient souples et adroits. Face l'ennemi, ils voyaient venir les pro-jectiles et les esquivaient temps. Mais les ramasseurs, continuellement baisss, n'avaient aucune protection. Si quelque pierre les atteignait, les ans ne s'en sou-ciaient pas plus que si elle avait frapp un mur. De ces enfants anonymes et inquiets comme Omar, on en croisait partout dans les rues, gambadant nu- pieds.

Leurs lvres taient noires. Ils avaient des membres d'araigne, des yeux allums par la fivre. Beaucoup mendiaient farouchement devant les portes et sur les places. Les maisons de Tlemcen en taient pleines craquer, pleines aussi de leurs rumeurs.

Omar n'avait pas classe. Ani ne savait comment se dfaire de lui. Elle dposa au milieu de la pice un brasero bourr de poussire de charbon qui brlait difficilement. On pensait : c'en est fini du froid ; puis l'hiver faisait un brusque retour sur la ville et inci-sait l'air avec des millions d'artes tranchantes.

A Tlemcen, quand en fvrier la temprature tombe, il neige srement. Omar appliquait sur le carreau ses pieds, qui taient de glace. Les jambes nues jusquaux genoux, vtus d'une mince tunique retrousse par -dessus des pantalons de toile, les paules serres dans un fichu en haillons, Ani grondait, prise d'une agitation fbrile.

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L'enfant couvait le brasero. Il en remua le fond. Quelques braises vivotaient dans la cendre. Il se rtis-sait les mains, qui blanchissaient peu peu, normes comme des fruits blets, et les appliquait sur ses pieds.

Le dallage rouge vif faisait mal voir. Omar se recro-quevilla devant le fourneau Le brasero dfaillait dans la chambre sombre et humide.

Omar ne rchauffait que ses mains ; ses pieds le dmangeaient irrsistiblement. Le froid, un froid immobile, lui griffait la peau. Il cala son menton sur ses genoux. Accroupi en chien de fusil, il amassait de la chaleur. Ses fesses poses sur une courte peau de mouton pele taient endolories. Il finit par somnoler, serr contre lui-mme, avec la pen-se lancinante qu'il n'y avait rien manger.

Il ne restait que de vieux crotons que la tante leur avait apports. La matine, gristre, s'coulait minute aprs minute. Soudain, un frmissement lui parcourut le dos : il se rveilla, les jambes engourdies et pleines de fourmille-ments.

Le froid pinait intolrablement. Le fourneau avait disparu : Ani l'avait emport. A l'autre extrmit de la pice, assise en tailleur, le brasero pos sur une de ses cuisses, elle marmonnait toute seule. Elle le vit ouvrir les yeux : -Voil tout ce que nous a laiss ton pre, ce propre- -rien : la misre!

Il a cach son visage sous la terre et tous les malheurs sont retombs sur moi. Mon lot a t le malheur. Toute ma vie! Il est tran-quille, dans sa tombe. Il n'a jamais pens mettre un sou de ct.

Et vous vous tes fixs sur moi comme des sangsues. J'ai t stupide. J'aurais d vous lcher dans la rue et fuir sur une montagne dserte. Mon Dieu, qui pouvait l'arrter prsent? Son regard noir, tourment, luisait. Omar se taisait. Elle en voulait srement quelqu'un. Mais qui? Elle commena par se rpandre en diatribes contre des fantmes. L'enfant, devant cette colre qui montait, ne comprenait plus. Y avait-il quelqu'un d'autre dans la chambre?

Grand-mre, mais Grand-mre Mama tait couche derrire Omar. Ils l'avaient recueillie la veille ; son fils l'avait garde trois mois ; c'tait maintenant au tour d'Ani de la prendre pendant trois mois aussi. Grand-mre Mama tait para-lytique.

Elle conservait nanmoins sa lucidit ; son regard bleu, net, brillait de son ancien clat : presque enjou. Pourtant, malgr le rayonnement de bont qui en manait, ses yeux se figeaient en une expression froide et dure certains moments. Son visage, un joli petit visage de vieille, rose, propre, tait encadr d'une gaze blanche.

On devait aider Grand-mre pour tout, pour manger, se retourner, faire ses besoins Omar frissonnait insensiblement.

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Dposant le bra-sero par terre, Ani pivota sur place et regarda Grand- mre : -Pourquoi ne te garde-t-il pas, ton fils? Quand tu servais de domestique sa femme pendant des annes, tu tais intressante!

Quand tes pieds ne t'ont plus por-te, il t'a jete comme une ordure? Maintenant tu n'es plus bonne rien? C'est a? Ani se dressait sur ses genoux pour lui souffler sa rancune au visage. Grand-mre essaya de l'apaiser : -Ani, ma fille. Ma petite mre! Maudis le Malin, c'est lui qui te met ces ides en tte. Pourquoi n'as-tu pas refus de te laisser amener ici?

Lui, il lui lcherait les pieds. Elle travaille pour le nourrir et il passe son temps rouler dans les cafs. Fils de chien qu'il est! Tais-toi, je ne veux pas t'entendre. Je ne veux pas entendre le son de ta voix! Dieu vous a jets sur moi comme une vermine qui me dvore. Les yeux de Grand-mre suppliaient. Omar eut envie de courir vers la rue, de sortir. Il voulait crier ; mais le visage de sa mre s'interposa entre lui et la porte. Il s'aplatit contre terre et ne remua plus. Il tait prt hurler ; s'il se faisait entendre des voisins, peut-tre accourraient-ils et le dlivreraient-ils de l'impitoyable treinte de sa mre.

Mais elle ne le toucha pas ; il resta couch sur le sol jusqu'au moment o, d'une voix perante, elle lui commanda : -Lve-toi ; viens. Il se redressa et s'approcha avec une lenteur calcule. D'un signe de tte, elle lui enjoignit de soulever Grand- mre. Il redressa son aeule avec Ani.

Omar se demandait ce qui allait se passer. Il suivait sa mre avec anxit quand il s'aperut qu'elle entranait Grand-mre dehors. Grand-mre, affole, ne s'arrtait pas d'im-plorer : -Ani, Ani, ma fille!

Ani les tirait tous les deux. Ils s'en allrent, empor-tant la vieille femme tout au long de la galerie, jusqu' la cuisine, o Ani, lchant prise, la laissa s'effondrer mollement sur le carrelage. Omar tremblait. Les plaintes de Grand-mre taient empreintes d'une angoisse sans nom, et si effrayantes qu'il ressentit le besoin de hurler son tour.

La cuisine de l'tage tait une grande pice aux murs noirs, pave de larges dalles encombres de toutes sortes d'objets ; dmunie de porte, elle tait envahie par un petit jour peureux. Le froid ici touchait la mort. Ani semblait avoir dcouvert ce qu'elle dsirait. Retirant une chaise poudreuse du milieu du bric--brac, elle la posa derrire Grand-mre qu'elle fit asseoir dessus ; en s'loignant, elle dit son fils : -Viens, toi.

Ils abandonnrent la vieille dont le visage plissait. Son regard vacillait. Mourir, mourir , disait-il. Omar hurla. Ani se jeta sur lui. Omar inclina la tte ; brusquement il dit : -Je m'en fous! Et il se sauva ; elle le suivit grandes enjambes. Il traversa la cour d'un seul lan et regagna le vestibule pour fuir dans la rue. Arrive la porte, sa mre, qui n'avait pas son voile, ne put aller plus loin. Elle l'acca-bla de maldictions. Il prit le large.

Des passants venaient dans la ruelle : Ani se retira. Quand ils furent devant la maison, elle les pria travers la porte de lui ramener son fils.

Mais Omar, dj loin, filait toute allure. En rentrant, Ani referma la porte, retirant ainsi au gamin la possibilit de revenir sans qu'elle en ft avertie.

Il tranailla dehors, le temps qu'elle pt oublier sa colre. Il retourna ensuite Dar-Sbitar. Il se coulait vers la chambre, quand Ami l'aperut. Aussitt, elle bondit ses trousses. Omar se sauva. Il se mit blasphmer.

Maudits, tes pre et mre! Il galopa de nouveau vers la rue. Un vent glacial balayait l'troite venelle. Il chercha un endroit o s'abriter. Il renonait revenir Dar-Sbitar maintenant ; mais il tait furieux d'avoir t mis la porte de cette manire.

Une entre d'immeuble : il s'y faufila. Il se tapit entre le battant, qui tait pouss, et une poubelle.

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Son pied le tourmentait ; la blessure de l'autre jour, rouverte, lui faisait mal. Le vent s'brouait sans arrt dans cette mai-son. Qu'allait-il faire prsent? Le froid lui lchait la figure. En de pareils moments, il souhaitait retrouver son pre, son pre qui tait mort.

Mais ce qu'il dcouvrait tait intolrable : son pre ne reviendrait jamais auprs de lui, personne ne pouvait le ramener.

Il n'allait pas passer toute la nuit dans la rue! Se voir administrer une correction, ds qu'il apparatrait la maison, ne l'effrayait pas. Que lui importait!

Il tait comme mort, rien ne lui arriverait qui l'intresst. Il ne souffrait pas ; il ne souffrait plus ; son cur tait de pierre. Il avait dcid d'aller s'offrir aux coups sans tenter de se soustraire aucun, et de voir quelles seraient les limites de sa rsistance. Il portait en lui un dfi ; qui, le premier, se fatiguerait, lui d'endurer ou les autres de le faire souffrir? Or, il tait persuad qu'il ne lcherait pas, qu'il tiendrait jusqu'au bout. C'est cela : il devait rentrer, rien d'autre faire.

Pourquoi fuir? Mais, pourquoi ne pas se tuer? Ne pas se jeter du haut d'une terrasse? Il chercha autour de lui : personne dans le corridor. Il se roula en boule pour se faire plus petit dans son coin. C'tait a, c'tait a : mourir.

Qui se soucierait de lui, aprs? Un petit accident et puis on est tranquille. Sa mre ne le retrouverait plus. C'tait le meilleur tour qu'il pouvait imaginer de lui jouer. Un claquement de pas rsonna ses cts ; il sursauta. Dj la nuit. Comment tre chez soi, dans une chambre? Et son cur qui cognait, norme Blotti prs de cette pou-belle, allait-on le prendre pour un mendiant? Mais non! Dans cette maison de Franais, si on venait s'apercevoir de sa prsence, on ne le prendrait pas pour autre chose qu'un petit voleur.

On ameuterait contre lui les locataires, le quartier mme, et tout Tlemcen Il se glissa l'extrieur. Personne ne l'avait remar-qu. A prsent, il faut rentrer. Ce n'est qu'un jeu que tout cela. Sa mre n'a aucune raison de lui administrer une racle. A aucun moment, elle n'a eu l'ide de le faire souffrir. A mesure qu'il se dirigeait vers Dar-Sbitar, Omar entendait de stridents hurlements. Il reconnaissait cette voix. Il hta le pas.

Il n'avait rien mang depuis le matin, et ses jambes trs faibles ne le portaient plus. Ces cris, c'tait sa mre, poste l'entre de Dar-Sbitar, qui les lanait. Des gens passaient, silencieux et indiffrents. Attar-des, fantomales dans leurs voiles blancs, des femmes se pressaient. Il parvint devant la maison. Ani le vit. Saisi de panique, il s'arrta. Omar demeura immobile. Il se cramponna au mur, car il se sentait sans forces.

Les criailleries de sa mre s'accenturent. L'image de Grand-mre tale sur le carreau de la cuisine, incapable de bouger, avec des lueurs d'pou-vante dans les yeux, lui revint l'esprit. Sa mre l'avait-elle frappe?

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Il eut l'impression que tout s'croulait autour de lui. De nou-veau, il voulut cesser de vivre. Il pleura doucement. Les pieds nus de sa mre et le bas de sa robe traversrent vivement la rue. Elle tait devant lui sans son hak, mais il faisait nuit noire. Ani l'entrana par le bras ; ils retraversrent la ruelle et s'enfoncrent dans la maison.

Ils n'avaient pas encore parcouru le vestibule qu'Omar s'croula. Sa mre le souleva. L'enfant interrogea son regard tendu qui le fixait. Elle le transporta jusqu' la chambre et le dposa sur sa peau de mouton. Elle l'tendit, la tte pose sur un bras. Omar ne bougea pas.

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La figure de sa mre s'loigna. Sur sa litire, l'enfant ne soufflait mot. Il lui semblait qu'il tait couch ici depuis des sicles. Lorsque le tintamarre et les bruits de voix qui lui remplissaient la tte s'teignirent, il se sentit abandonn, solitaire, rejet de la vie.

Il entendit encore quelques voix toutes proches. Quel frisson le long de son corps! Quelque chose lui disait qu'il allait sombrer ou disparatre. Il entrouvrit les yeux. Sa mre tait en train de faire ses prires ; debout, raide, elle se tint ainsi longtemps ; soudain, pli en deux, son corps se brisa. Elle se prosterna, face contre terre.

Omar avait mal aux yeux ; il ne pouvait plus rien voir, n'ayant mme pas la force de tenir ses paupires carquilles. Et ses jambes frmissaient sans fin. Il commenait avoir si mal d'tre tendu. Quand viendrait le repos? Mars vint. Le deuxime dimanche de ce mois fut un jour mmorable pour Dar-Sbitar Rveill comme par un coup d'ailes, Omar bondit sur ses pieds. Dar-Sbitar bourdonnait. La rumeur rem-plissait les moindres recoins de l'norme maison, gagnait les renfoncements les plus sombres, cependant que des coups violents, impatients, taient assens la porte extrieure.

Omar et ses deux surs sortirent de la chambre. Sans bien voir o elle plaait ses pas, tout ensommeille, Ani accourut vers la rampe de fer qui courait le long de la galerie. Des mches flottaient en broussaille au- dessus de sa tte, son foulard ne pouvait les retenir.

Elle arrangea sa coiffure. C'tait un tumulte incomprhensible : les locataires s'lanaient htivement des pices, les uns la suite des autres, et se rassemblaient dans la cour. Des chu-chotements, de brusques clats de voix, des vagisse-ments de nourrissons, des frlements de pieds nus se rpandaient dans les galeries, la cour, les chambres : c'en tait fait du calme et de l'paisse tideur du matin. Les premires lueurs de l'aube pointaient. La nuit se dissipait, comme en cachette. Des coups de heurtoir, puis des coups de bottes,branlrent sans arrt la grande porte cloute qui demeurait close.

Personne, l'intrieur, ne chercha s'en approcher. On s'interrogeait : -Qu'est-ce qu'il y a?